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Pourquoi les femmes doivent-elles continuer à faire entendre leur voix ?

04/03/2024 | FR / NL

Depuis des décennies, les femmes font entendre leur voix. Certains et certaines pensent que le combat féministe serait un combat d’arrière-garde et que les femmes auraient acquis, via différentes législations, l’égalité des droits et des chances. Certes des améliorations ont été engrangées ces dernières années grâce au combat des femmes. Néanmoins, elles restent fragiles et sont souvent remises en cause. Chaque année, le 8 mars, il est rappelé que les femmes ont des droits, qu’elles sont l’égale des hommes. En pratique, ne se donne -t-on pas bonne conscience trop vite ? Parce que derrière les mots (et cela vaut pour tous les jours de l’année), il y a de nombreux combats qui restent encore à mener et un danger de régression qui continue de planer. 

Les féminicides et agressions contre les femmes ont-ils disparu ? Les propos machistes sont-ils l’apanage du passé ? Peut-on disposer de son corps sans avoir à être inquiétée ? Une femme a-elle accès au marché du travail comme un homme ? L’égalité des rémunérations est-elle une réalité ? La conciliation vie professionnelle/ vie privée est-elle facilitée ? Chaque femme a-t-elle accès à un travail à temps plein ? …

Comme organisation syndicale , nous sommes un formidable outil de lutte, de changement et de progrès et nous devons poser les questions qui s’imposent. Et qui peut mieux que les femmes continuer à mener le combat ? Nous sommes des vigies, scrutant les menaces à l’horizon de nos acquis et des combattantes, luttant chaque jour pour continuer à engranger plus de droits, pour obtenir enfin l’égalité et le respect. 

Les élections : entre revendications et dangers !

2024 est une année d’élections. Elections sociales d’abord dans des milliers d’entreprises en Belgique. Elections législatives partout dans le monde (Etats-Unis, Pakistan, Inde, …). En Europe, c’est aussi à notre tour de voter et enfin, en Belgique, on votera à tous les niveaux de pouvoir. 

Un devoir de vigilance s’impose. Ce moment clé est l’occasion de rappeler à nos politiques qu’en tant que femmes, nous représentons la moitié de l’humanité, que nous avons le droit de vote et donc le droit, la possibilité de faire bouger les lignes ! Et il est nécessaire de bousculer les choses : il suffit de regarder l’actualité qui regorge d’exemples criants. 

Le nombre de féminicides ne diminue pas. On peut par ailleurs se « réjouir » que le mot féminicide soit enfin utilisé pour caractériser le meurtre d’une femme… Par le passé, cela n’allait même pas de soi. Malheureusement, la violence reste quotidienne, du meurtre au harcèlement en passant par le machisme ordinaire si pesant… Le combat n’est pas fini, combattre la société patriarcale qui permet ces comportements reste une question de survie !

Autre exemple : la capacité des femmes à disposer de leur corps reste un droit précaire, trop souvent remis en cause. Regardons dans des pays tels que la Pologne ou les Etats-Unis comme ce droit peut rapidement voler en éclats.  Même dans un pays comme la Belgique, on voit combien il est difficile d’assouplir la législation sur l’avortement. On voit combien est encore tabou l’idée de dépénaliser complètement l’avortement. On voit combien ce droit reste précaire quand, à la sortie de l’isoloir, c’est la droite et l’extrême droite qui arrivent au pouvoir. Quand le pouvoir politique et religieux se confondent, c’est trop souvent les femmes qui  sont dépossédées de leurs choix de vie et de vivre. 

Dans toute une série de pays , c’est aussi l’accès à l’enseignement même qui est mis en cause, reléguant ainsi les femmes à une rôle de mère et de femme au foyer.  Ce n’est évidemment pas le cas en Belgique. Dans une moindre mesure, certaines filières d’enseignement restent difficilement accessibles aux femmes. Difficile encore pour une jeune fille de trouver un stage en carrosserie sans être l’objet de refus ou de railleries. 

Le ventre de la femme : outil politique des penseurs de droite 

Selon les époques et les gouvernements, trop souvent la femme a été réduite à son ventre, sa capacité à servir l’état, voir à le desservir quand elle est étrangère. Quelques mots d’explications : d’un côté, la théorie nauséabonde du grand remplacement utilisée par l’extrême droite : selon cette théorie, le danger viendrait du ventre des femmes migrantes, étrangères qui, petit à petit, viendraient par leurs natalités nombreuses « remplacer » les « nationaux ». Autrement dit, venir « remplacer », venir minoriser, à termes, les nationaux dans leurs propres pays. C’est juste stigmatisant, faux et cela part du présupposé que l’étranger ne s’intègrerait pas et imposerait sa propre culture. 

D’un autre côté, quand la droite arrive au pouvoir, très rapidement des mesures sont mises en place pour favoriser les politiques natalistes . Cela passe par exemple, par une augmentation des allocations pour que la femme reste chez elle, des primes de naissance, une facilitation de la sortie du travail. 

En pratique, nous le savons toutes : sortir du marché du travail est très simple. Y revenir, maintenir ses droits est plus complexe. 

Analyser les décisions politiques avec des lunettes genrées. 

Plusieurs politiques mises en place ces dernières années peuvent, de prime abord, laisser à penser qu’elles sont des avancées. Pourtant si l’on analyse les choses plus en profondeur, on se rend compte qu’il n’en est rien et qu’elles sont sources d’inégalités, particulièrement à l’égard des femmes. 

Pensons, par exemple, aux congés type crédits-temps ou congés parentaux. 

Certes, permettre à un individu de suspendre sa carrière et de ne pas courir le risque de perdre son emploi est un plus. Néanmoins que constate-t-on dans les faits ? 

Les allocations sont encore basses et dans un ménage, c’est le plus souvent « le salaire le plus bas » qui stoppe le travail pendant un temps donné. Et qui a le salaire le plus bas ? Le plus souvent la femme… En pratique donc, c’est donc la femme qui met sa carrière parfois pendant plusieurs années entre parenthèses. Nous constatons aussi qu’au hasard des réformes, ces périodes sont de moins en moins souvent assimilées pour la pension et donc diminuent leurs droits pécuniers, une double peine en soit. 

Lors de ces périodes, vous êtes protégées contre le licenciement. Dans les faits, votre carrière ne progresse pas. Entre un individu temps plein flexible et la personne en crédit-temps, qui va recevoir la promotion ?  Sur papier, vous êtes protégées… Seulement sur papier !

L’égalité se réalisera lorsque l’accès à des milieux d’accueil de l’enfance sera effectif et suffisant. Trop souvent, on met sa carrière entre parenthèses, on diminue ses prestations parce qu’on ne trouve pas de crèche ou pas dans les bons horaires, ou elles sont trop chères parce que commerciales. Trop souvent, on se trouve face à des accueils extra-scolaires où arrivées en retard des parents riment avec sanctions financières pour ces derniers. 

Autre exemple intéressant à décrypter : celui de la dernière réforme des pensions. Le gouvernement a ainsi décidé d’augmenter le pension minimum à €1.500 net, devenue plus de €1.600 en pratique grâce à l’indexation automatique des salaires. Bonne nouvelle ! Quand on gratte le vernis, on se rend compte qu’un des grands principes de cette réforme est basé sur des prestations effectives. Lisez une diminution des assimilations et une carrière basée presque mathématiquement sur ces prestations. Il est vrai que lorsque vous accédez à la pension minimum, elle sera plus élevée que par le passé. Néanmoins, moins de femmes vont y avoir accès dans les faits. Objectif raté donc pour les femmes qui suspendent à un moment leur carrière. Certes, elles auront plus, si elles accèdent à la pension minimum mais elles seront moins nombreuses à y avoir accès, cherchez l’erreur ! Dangereux précédent que de lier pension et prestations effectives. Il s’agit d’une idée couramment répandue que seul le travail doit être valorisé pour la pension. 

Pendant ce temps-là, l’individualisation des droits en sécurité sociale, en législation chômage ou pension n’existe toujours pas. Trop souvent, il vaut encore et toujours mieux être veuve d’un travailleur avec un bon salaire que d’accepter sa pension de travailleuse à temps partiel. Vos choix de vie influent donc clairement sur votre niveau de vie ! Mariée ou célibataire, vous avez pourtant la même carrière professionnelle mais des droits « dérivés » différents ! Un comble au 21ème siècle.

Enfin, il suffit de jeter un coup d’œil dans les entreprises pour constater que ce sont les femmes qui paient toujours le prix fort, à coups de course à la flexibilité et aux sous-statuts.

Quand dans les entreprises, on met en place plus de flexibilité, cela se traduit souvent par moins de conciliation vie privée/vie professionnelle. Pour se « donner bonne conscience », les employeurs mettent en place, avec l’aide du gouvernement, des sous-statuts hyper flexibles qui viennent directement en concurrence avec les travailleurs ordinaires. Trop souvent , on nous explique que cela est nécessaire vu la pénurie de main d’œuvre. Des flexi-jobers, des étudiants envahissent alors les entreprises. Pas ou peu formés, ils viennent directement en concurrence avec le bon emploi, puisque moins chers et terriblement flexibles. Souvent, ce sont les travailleurs (lisez les travailleuses à temps partiel) qui n’accèdent plus à des heures complémentaires. Ces travailleuses à temps partiel, seraient moins flexibles, plus chères donc moins intéressantes. Bref : condamnées à rester à temps partiel ! 

Cela dit, cerise sur le gâteau, les flexi-jobers seront plus souvent des hommes puisqu’il faut un travail à 4/5ème temps au moins pour accéder à un flexi-job. On se répartit la misère : pour augmenter vos revenus, vous acceptez un flexi-job. Pire, vous pouvez être pensionné et flexi-jober. Ce système crée alors lui-même les futures pensionnés pauvres puisque les travailleuses à temps partiel ne recevront plus d’heures complémentaires et n’accèderont jamais à une pension décente et deviendront alors travailleuses pensionnées en flexi-job…. 

Si les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête. 

Nous venons de le voir, le combat est loin d’être terminé. Mesdames, Camarades, citoyennes, soyez candidates, aux élections sociales, aux élections législatives, soyez militantes, soyez déterminées.  Personne ne défendra jamais mieux nos droits que nous !

Au niveau politique, au niveau interprofessionnel, au niveau des secteurs, en entreprise, nous devons continuer à revendiquer : 

  • Une Europe sociale qui ne voit pas seulement dans les états des déficits publics à combler mais qui soutient des choix sociaux, des choix de bien-être, des choix d’égalité homme-femme. Cela vaut tant pour les droits de la femme (comme le droit à disposer de son corps) que pour les droits sociaux liés aux dépenses en sécurité sociale. En effet, l’Europe avec sa logique constante d’austérité amène les états à faire des économies. Economies trop souvent faites en sabrant dans les dépenses en sécurité sociale. La lutte contre l’extrême droite est évidemment un levier essentiel pour garantir l’égalité homme femme !
  • La réduction collective du temps de travail avec embauche compensatoire et maintien du salaire. C’ est la solution collective qui permet de concilier vie professionnelle et vie privée. C’est aussi une solution neutre en termes d’égalité homme-femme. Elle permet dans les faits, aussi de revaloriser les travailleuses à temps partiels. 
  • L’augmentation des allocations de crédit-temps de manière à ce que les revenus les plus élevés participent aussi au système (les hommes et pas seulement les femmes). La prise du crédit-temps par les femmes n’est pas que sociologique, elle est aussi liée à la réalité financière des ménages et la hauteur des deux revenus. L’assimilation totale de ces périodes pour la pension. 
  • Des accueils de l’enfance adaptés aux besoins des travailleurs et travailleuses, accessibles financièrement, avec du personnel en suffisance et formé, qui lui-même a des conditions de salaire et de travail corrects. Ceci nécessite évidemment une subsidiation correcte et pérenne. Responsabiliser les employeurs en réinstaurant une cotisation de sécurité sociale liée à la flexibilité grandissante dans les entreprises est un minimum. 
  • Penser les soins, l’accueil aux personnes âgées. Ici aussi, faute de solution correcte et financièrement supportable en fin de vie, les femmes sortent du marché du travail pour assurer la fin de vie des parents. Renforcer le financement de la sécurité sociale pour répondre au défi du début et de la fin de vie est aussi un outil d’égalité femme-homme. 
  • -Une flexibilité encadrée collectivement dans les secteurs et entreprises qui permette une meilleure conciliation vie professionnelle et vie privée
  • L’encadrement et la limitation des contrats précaires au niveau sectoriel dans les secteurs et entreprises
  • La suppression des sous statuts type flexi jobs qui viennent en concurrence direct des travailleuses à temps partiel
  • L’application correcte de la CCT 35 et le renforcement des sanctions liées à sa non application. L’encadrement du travail étudiant, qui se retrouve de plus en plus en concurrence directe avec des travailleuses à temps partiel. Non, à tout nouvel élargissement du travail étudiant. Les étudiants, c’est fait pour étudier. Des solutions pour permettre de meilleurs subventionnements de leurs études doivent être développées. Des augmentations de salaire brut qui permettront d’avoir une meilleure pension et des droits au chômage étendus
  • Une individualisation des droits pour le chômage, pour la pension. Nos choix de vie ne doivent pas pénaliser nos droits aux prestations sociales. Stop au statut de cohabitant, oui à une individualisation des droits complète !
  • Nous devons continuer à lutter contre le plafond de verre. Aucune fonction ne doit dans les faits être réservée aux hommes. Cela passe aussi par des filières d’enseignement accessibles à tous et toutes. Des classifications analytiques de fonctions qui pondèrent les fonctions de manière neutre en genre.

Cette liste n’est pas exhaustive évidemment… La victoire contre le patriarcat ne se décrète pas, elle se construit. Le féminisme doit se propager…encore et encore !

Alors candidates, militantes, femmes sans mandat, faites entendre vos voix : celles des femmes, celles de l’égalité !

Il faut que le 8 mars résonne en mai, en juin lors des élections mais aussi tous les autres jours de l’année. C’est ensemble qu’on est et qu’on reste plus fortes ! Si les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête. 

Ensemble, on est plus fortes.